Appel à contributions : se ressembler pour traduire ?

(cet appel à contribution a fait l’objet d’un article dans Livres Hebdo, le 25 mars 2021)

Légitimité de la traduction – Paroles de traductrices et traducteurs

Projet éditorial – éditions Double ponctuation, mars 2021 – appel à contributions

La polémique née en mars 2021 autour de l’identité de la traductrice néerlandaise, puis du traducteur catalan, des textes d’Amanda Gorman[1] pose une question simple : faut-il ressembler à l’auteure pour pouvoir la traduire – positionnant de fait le débat sur le terrain de l’identité. Souvent légitimes, les questions d’identité sont hélas parfois accompagnées d’une ambiance polémique et outrancière peu propice à la réflexion. Dans ce contexte, il paraît important de donner le temps aux traductrices et traducteurs qui le souhaitent de s’exprimer sur leur métier.

La polémique actuelle – dont il convient de se détacher – ne questionne-t-elle pas au final la légitimité des traducteurs et traductrices (qui n’est pas nécessairement une question nouvelle : « Traduttore traditore ») ? Cette légitimité ne repose-t-elle pas avant tout sur l’articulation d’un ensemble de compétences (parfois très techniques) et d’un processus d’immersion ? L’acte de traduction n’est-il pas un savoir-faire doublé d’une capacité de rencontre, de métissage ? Le positionnement du questionnement actuel sur le terrain identitaire ne fait-il pas perdre de vue l’essence même de l’acte de traduction, qui paraît être un processus d’immersion bien plus que d’appropriation ? N’est-il pas indispensable à son travail que le traducteur soit placé à côté de l’auteur, plutôt qu’à sa place ? Cette altérité n’est-elle pas constitutive même de l’acte de traduction, loin des injonctions de similitude, qui paraissent presqu’un contre-sens ? 

Mais, d’un autre côté, il n’est pas possible de faire abstraction des faits : car n’existe-t-il pas un problème de diversité dans le secteur, à tout le moins en Europe, comme le signale Paola Appelius, présidente de l’Association des traducteurs littéraires en France[2] – qui tient certainement en partie à un problème d’accessibilité des formations ou de légitimité ressentie à s’y présenter ? Lise Wajeman écrit d’ailleurs, dans un article paru sur Médiapart : « il y aurait lieu pour les écrivains et traducteurs de soutenir des mesures d’affirmative action dans un monde littéraire qui, comme beaucoup d’autres domaines culturels et artistiques, aime à chanter la diversité mais a souvent du mal à la mettre en pratique »[3]. D’autres soulignent qu’il est essentiel d’avoir sur les origines de la polémique un regard analytique et nuancé (voir en particulier le texte de Canan Marasligil, paru en français sur Diacritik)[4].

En proposant de donner la parole à des traductrices et traducteurs, dans le respect de la diversité des points de vue, les éditions Double ponctuation souhaitent répondre à quelques-unes de ces questions et permettre une réflexion argumentée, intelligible, nuancée et construite sur une profession actuellement interpellée par une polémique virulente et passionnée. Loin de vouloir ne défendre qu’un point de vue, la petite publication qui en résulterait porterait la pluralité des voies qui voudront bien s’y exprimer.

Calendrier prévisionnel (susceptible de modifications)

  • Pour proposer une contribution : contact@double-ponctuation.com
  • Rendu des textes d’ici à l’été 2021
  • Publication en format numérique Epub soit en juin, soit en septembre 2021 ; publication papier à voir, selon textes reçus, calibrage, etc.
  • Il est demandé aux auteures et aux auteurs de bien vouloir fournir : photo de bonne qualité et récente, ainsi qu’une courte biographie. Quel que soit le point de vue défendu ou l’analyse développée, il s0uhaitable que des propositions concrètes soient formulées, pour répondre à la problématique présentée. 
  • Les contributions pourront compter entre 5 000 et 30 000 caractères espaces compris (pour des dépassements de calibrage importants, merci de contacter l’éditeur).

[1] https://actualitte.com/article/99139/international/la-poesie-d-amanda-gorman-doit-elle-etre-seulement-traduite-par-une-personne-noire et https://actualitte.com/article/99301/international/le-traducteur-catalan-d-amanda-gorman-remercie-qualifie-d-inadequat

[2]  « Parmi tous nos adhérents, il n’y a pas beaucoup de traducteurs de couleur. Mais pour moi, la question tient plus du politique car souvent c’est le milieu dans lequel les minorités vivent qui ne leur permet pas d’accéder à des métiers littéraires. Elles pensent qu’elles ne sont pas faites pour la littérature et c’est ça qui pose problème. » https://www.livreshebdo.fr/article/traducteurs-et-editeurs-reagissent-la-polemique-amanda-gorman

[3] Voir https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/150321/la-traduction-d-amanda-gorman-une-question-qui-fache

[4] Voir https://diacritik.com/2021/03/08/uncaring-reflexions-sur-les-enjeux-de-la-traduction-litteraire/#more-64966