La liberté d’expression en danger

Avec l’ignoble assassinat dont a été victime Samuel Paty, la liberté d’expression – un acquis fondamental de la Révolution française – est de nouveau en danger.

Face à ce crime perpétré par un partisan de l’islamisme radical et du fanatisme le plus rétrograde, nous ne pouvons que nous incliner devant ce martyr de la liberté, et appeler, pour honorer sa mémoire, à un véritable sursaut républicain.

Depuis plusieurs décennies en effet, la censure s’est réinstallée, sous les formes les plus diverses, dans nos démocraties, s’attaquant à la liberté de publication et favorisant l’autocensure ou la résignation.

La censure est due en particulier à la progression d’une forme larvée de « politiquement correct » qui remet en cause le débat d’idées ou qui décontextualise les œuvres historiques. La censure se nourrit également d’une forme de terreur intellectuelle qui empêche, par peur de représailles, que certains enseignements soient dispensés et que certaines publications puissent voir le jour.

Face à cette régression et à ce retour en arrière, nous appelons à une véritable prise de conscience pour que soit protégée, défendue et systématiquement mise en œuvre une liberté d’expression respectueuse de l’état de droit et qui n’appelle pas à la haine, mais qui ne s’interdise ni les caricatures, ni la critique des religions ou celle des divers régimes politiques. La liberté d’expression est une nécessité vitale pour nos démocraties ; l’amoindrir, quel qu’en soit le prétexte, serait céder au terrorisme et faire le jeu de tous ceux qui veulent empêcher chacun et chacune de penser librement.

Jean-Yves Mollier, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université Paris Saclay/Versailles Saint-Quentin, auteur de Interdiction de publier – La censure d’hier à aujourd’hui, éditions Double ponctuation.

Étienne Galliand, éditeur, éditions Double ponctuation.