éloge de l’impureté

Je sors d’une belle conversation avec un jeune auteur et je crois qu’il est important de le réaffirmer : l’impureté est une vertu. S’il devait se définir, ce jeune auteur se dirait de façon un peu provocante « islamogauchiste »… Il est aussi pour le changement du titre du roman d’Agatha Christie qui s’appelle maintenant « Ils étaient 10 » et il est contre l’utilisation du terme « politiquement correct », qui cache trop souvent, selon lui, la condamnation de revendications légitimes…

Et, du coup, il interpelle gentiment la cohérence de mes positions d’éditeur et les publications (actuelles et à venir) de Double ponctuation sur la liberté de publier, sur l’universalisme, sur le genre…

Car oui, c’est vrai, je peux très bien, dans le même geste éditorial, donner la parole à Jean-Yves Mollier, me retrouver complètement dans sa défense de la contextualisation des œuvres et dans ses prises de positions contre le caviardage et aussi publier Arnaud Alessandrin, tout en appréciant à sa juste valeur son approche sociologique du genre, très originale et innovante, que détesterait sans doute Sylviane Agacinski…

Je refuse d’entrer dans cette logique de clans, où il faut prendre parti entre universalisme et particularisme, et n’en souligner que les outrances. J’ai des convictions, bien sûr, et des limites – mais je crois en l’importance de lieux de rencontres et d’échanges : ce que peut être une maison d’édition.

Donc, si entreprise éditoriale il doit y avoir, que ce soit celle-là : rien ne s’empêcher par principe, ne pas choisir de camp, ne pas chercher la pureté mais toujours défendre la pluralité, la sincérité et la volonté d’expliquer. Ce n’est pas faire le choix de la mollesse : c’est même, au contraire, dans nos sociétés clivées à l’extrême, une position extrêmement dure à tenir.

Je ne saurai sans doute pas convaincre le jeune auteur – mais je peux lui dire ceci : si vous trouvez au sein d’une maison d’édition des ouvrages aux positions en apparence antagonistes, c’est plutôt un très bon signe…

Étienne Galliand, éditeur