Un label pour l’édition indépendante
4 juin 2026
Alors que Grasset sombre dans l’idéologie, que le mouvement de protestation contre l’instrumentalisation de grandes maisons d’édition au service d’une radicalisation politique et sociale voit le jour, il est grand temps de rendre nos indépendances plus visibles. Je crois en cette urgence, en cette nécessité d’afficher notre fierté (une notion peu mobilisée dans le secteur éditorial) d’être indé.
Fier·es d’être indépendant·es !
Désormais, les éditions Double ponctuation labelliseront leurs livres avec un logo qui rappelle que nous sommes une maison d’édition indépendante, que nous souhaitons être un espace accueillant et inclusif, un lieu de dialogue et d’échanges, une safe place vraiment, pour toustes. Ce n’est pas rien, de se nommer « maison ».
Le geste éditorial que nous portons, s’il manque souvent de moyens, n’est pas moins qualitatif que celui des grands groupes financiarisés et idéologisés. Il est même bien souvent plus artisanal – dans le sens noble. C’est vrai, il nous manque les moyens de promotion, la visibilité que les budgets com’ achètent dans les médias mainstream. Ce n’est pas grave. Nous pallions. Nous innovons. Nous inventons, toujours avec l’aide et le soutien précieux des auteurices – nos partenaires dans cette aventure intellectuelle et artistique (mais aussi commerciale) qu’est la publication d’un ouvrage.
Définir l’indépendance en édition : mission possible
Ce label proposé aujourd’hui, nous le définissons très simplement :
- une totale indépendance des décisions éditoriales, qui sont prises par les personnes en charge de la vie de la maison d’édition ;
- un capital (quand il y en a un) possédé majoritairement par les éditeurices et/ou les employ·ées de la maison d’édition ou par des professionnel·les du livre et de l’écrit ;
- une structure qui n’est pas rattachée, qui n’émane pas ou qui n’est pas dépendante d’une institution, d’un syndicat, d’un mouvement religieux, d’une autre entreprise ;
- une structure qui travaille à compte d’éditeur.
On pourrait aussi rajouter que les maisons d’édition indépendantes se doivent d’adopter des pratiques conformes à la solidarité et au respect des professionnel·les avec qui elles travaillent ; qu’elles sont par essence attentives à l’empreinte de leurs activités sur l’environnement ; qu’elles s’inscrivent dans des logiques de dialogue et de confrontation pacifiques des points de vue. Mais ces éléments pourraient sans doute être discutés et affinés. Restons donc, pour l’instant, sur une définition minimale.
Une nécessité et une urgence
Quoi qu’il en soit, il est grand temps que nous soyons fier·es de nos indépendances et que nous le montrions. Les librairies ont su mettre en avant les leurs il y a bien longtemps, y compris à travers des dispositifs aujourd’hui reconnus et portés par les pouvoirs publics.
Rendre public ce label, aussi imparfait soit-il, l’apposer sur nos livres, c’est aussi un acte politique. C’est une volonté de visibiliser une dimension essentielle de notre travail, c’est une façon de revendiquer avec fierté une notion qui devient cruciale dans un monde de plus en plus féodalisé et censuré, c’est un acte de solidarité envers les librairies indépendantes et nos lecteurices.
Je crois qu’il est urgent de mettre en place cette labellisation – le moment n’est plus à l’inaction. Cela fait des années que j’entends parler de la nécessité d’un label de ce type, sans que rien, jamais, n’aboutisse. Les collectifs existants de maisons d’édition indépendantes n’ont pas les moyens de coordonner la mise en place de cet outil, à la fois politique et de communication ; ils ont, il est vrai, beaucoup de sujets importants à traiter. Les représentants du secteur, parfois lié·es aux grands groupes, n’ont peut-être pas intérêt à se presser sur le sujet. En attendant, on perd du temps. On ne pose pas d’actes. On ne se visibilise pas. Alors oui, quitte à le faire seul, faisons-le joyeusement : nous sommes fier·es d’être indépendant·es, nous sommes fier·es d’être des acteurs/actrices majeur·es de la bibliodiversité et nous le disons.
Aujourd’hui, ce logo vient porter et montrer ce positionnement – c’est en cela, en plus de quelques critères, qu’il constitue un label ; j’espère qu’il y en aura d’autres, que les éditeurices indé se montreront plus, mieux – avec joie et férocité.
Je crois que nous sommes un des remparts. Portons-le haut et fort.
Étienne Galliand, éditeur


